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Romans sur la perte de mémoire

L’amnésie est l’un des plus vieux ressorts du roman, et la littérature française l’a traité mieux que presque toutes les autres. Voici huit livres où l’on perd la mémoire (et non des romans sur Alzheimer, qui ont leur propre page).

Publié par Simran Mehta Mis à jour le

Cover of The Memory Fare by Simran Mehta: a lit sleeper train streaking across a deep teal field, a lone figure standing beneath it.

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The Memory Fare

Édition en anglais

Si vous lisez l’anglais, The Memory Fare retourne la question : ici, on ne perd pas la mémoire, on la dépense. Cora Marsh cherche sa fille à bord d’un train où chaque porte coûte un souvenir vrai d’elle ; elle ne le sentira pas partir et ne saura jamais lequel elle a payé. Plus émotionnel qu’un thriller d’amnésie, moins cérébral qu’Ishiguro. Il n’existe qu’en anglais.

En bref

Pour un roman sur la perte de mémoire qui se lit comme un thriller, prenez Avant d’aller dormir de S. J. Watson ou, en version française et classique, Piège pour Cendrillon de Sébastien Japrisot. Pour l’amnésie comme quête d’identité, le grand livre est Rue des Boutiques obscures de Patrick Modiano, prix Goncourt 1978. Pour la mémoire perdue à l’échelle d’un monde, Cristallisation secrète de Yoko Ogawa et Le Géant enfoui de Kazuo Ishiguro. Si vous cherchez plutôt un roman sur la démence, voyez notre guide des romans sur Alzheimer.

Amnésie, oubli, souvenirs effacés : de quoi parle-t-on ?

« Perte de mémoire » recouvre trois romans différents. Il y a l’amnésie d’intrigue : un personnage se réveille sans passé, et le livre est l’enquête pour le retrouver, souvent avec une menace au bout. Il y a l’amnésie d’identité, où la vraie question n’est pas « que s’est-il passé ? » mais « qui suis-je sans mes souvenirs ? », terrain de prédilection du roman français, de Giraudoux à Modiano. Et il y a l’oubli comme allégorie : des sociétés entières qui oublient, par décret ou par brouillard, et ce que cela dit de nos mémoires collectives.

L’amnésie comme thriller

  1. Avant d’aller dormir S. J. Watson

    Titre original : Before I Go to Sleep

    Sonatine · 2011 · Trad. Sophie Aslanides

    Christine se réveille chaque matin sans savoir où elle est, ni qui est l’homme dans son lit : sa mémoire s’efface pendant la nuit. Un médecin l’encourage à tenir un journal en secret, et un jour elle y découvre une phrase de sa propre main qui lui interdit de faire confiance à son mari. Le dispositif est redoutable et le rythme ne faiblit pas ; c’est le roman d’amnésie le plus lu de ces quinze dernières années, adapté au cinéma avec Nicole Kidman.

    À éviter si
    vous devinez vite les twists des thrillers psychologiques : celui-ci suit les règles du genre.

    Vérifié sur : Critiques Libres : édition Sonatine, Livraddict : Sonatine 2011, traductrice

  2. Piège pour Cendrillon Sébastien Japrisot

    Denoël · 1962

    Une jeune femme se réveille à l’hôpital, brûlée, défigurée, amnésique, après l’incendie d’une villa au bord de la mer. On lui dit qu’elle s’appelle Michèle et qu’elle va hériter d’une fortune ; son amie Domenica est morte dans le feu. Mais qui est-elle vraiment ? Le tour de force de Japrisot : son héroïne est à la fois la victime, le témoin, l’enquêtrice et l’assassin. Court, vertigineux, grand prix de littérature policière 1963, et toujours inégalé dans le genre.

    À éviter si
    vous aimez les intrigues linéaires : celle-ci se retourne plusieurs fois sur elle-même.

    Vérifié sur : Wikipedia : parution 1962, prix, intrigue

  3. Le Passager Jean-Christophe Grangé

    Albin Michel · 2011

    Mathias Freire, psychiatre de garde à Bordeaux, reçoit un homme amnésique retrouvé à la gare, près d’une scène de crime. En remontant la piste, il découvre qu’il est lui-même sujet à des « fugues psychiques » : des vies successives, sous d’autres noms, dont il ne garde rien. Sept cents pages de course-poursuite à travers la France, avec la démesure habituelle de Grangé. Le choix pour ceux qui veulent que l’amnésie fasse peur. Adapté en série télévisée.

    À éviter si
    la violence graphique et les intrigues à rallonge du thriller français vous lassent.

    Vérifié sur : Critiques Libres : Albin Michel 2011

Qui suis-je sans mes souvenirs ?

  1. Rue des Boutiques obscures Patrick Modiano

    Gallimard · 1978

    Guy Roland travaille dans une agence de détectives ; il ne se souvient de rien de sa vie d’avant. Quand l’agence ferme, il enquête sur le seul client qui l’intéresse : lui-même. Photos, adresses, noms de gens qui l’ont peut-être connu dans le Paris de l’Occupation. C’est le roman qui résume Modiano, prix Goncourt 1978 : une brume douce, des pistes qui s’effacent, et l’idée qu’une identité n’est peut-être qu’un faisceau de traces. Le plus beau livre de cette page.

    À éviter si
    vous voulez une résolution nette : Modiano ne donne jamais toutes les réponses.

    Vérifié sur : Wikipedia : Gallimard 1978, prix Goncourt, La Procure : édition disponible

  2. Siegfried et le Limousin Jean Giraudoux

    Grasset · 1922

    Un écrivain français, Jacques Forestier, blessé pendant la Grande Guerre, a perdu la mémoire et vit désormais en Allemagne sous un autre nom, devenu une figure publique allemande. Un ami venu du Limousin part le retrouver. Derrière la comédie brillante, une vraie question d’après-guerre : peut-on appartenir à deux pays, et que reste-t-il d’un homme sans souvenirs ? Le roman qui a fait connaître Giraudoux, prix Balzac, repris au théâtre sous le titre Siegfried. Un classique qui se lit encore.

    À éviter si
    la prose précieuse et pleine d’esprit des années vingt vous fatigue.

    Vérifié sur : Wikipedia : Grasset 1922, prix Balzac, Wikisource : texte intégral

  3. La Chambre aux échos Richard Powers

    Titre original : The Echo Maker

    Cherche Midi (10/18 en poche) · 2008 · Trad. Jean-Yves Pellegrin

    Après un accident de voiture dans le Nebraska, Mark sort du coma et ne reconnaît plus sa sœur Karin : il est persuadé qu’elle est une imposture. C’est le syndrome de Capgras, et Powers en fait un grand roman sur ce qui fonde l’identité, entre un neurologue célèbre, une sœur épuisée et les migrations des grues. Plus exigeant que les autres livres de cette page, mais le plus riche sur ce que le cerveau fait de nos souvenirs et de nos proches.

    À éviter si
    les digressions scientifiques et un rythme lent vous découragent.

    Vérifié sur : Critiques Libres : Cherche Midi 2008, traducteur

Quand c’est tout un monde qui oublie

  1. Cristallisation secrète Yoko Ogawa

    Titre original : Hisoyaka na kesshō

    Actes Sud · 2009 · Trad. Rose-Marie Makino-Fayolle

    Sur une île, les choses disparaissent une à une : les oiseaux, les roses, les photographies. Au réveil, les habitants sentent qu’un objet a perdu son sens, s’en débarrassent, et l’oublient. Une police secrète traque ceux qui se souviennent. La narratrice, romancière, cache l’un d’eux chez elle. Ogawa écrit l’oubli comme une neige qui tombe : sans cri, et c’est glaçant. Un roman sur la perte de mémoire à l’échelle d’une société, publié en anglais sous le titre The Memory Police.

    À éviter si
    vous attendez une dystopie avec révolte et explications : ici, on se résigne.

    Vérifié sur : ActuaLitté : critique, Actes Sud, Critiques Libres : Actes Sud 2009, traductrice

  2. Le Géant enfoui Kazuo Ishiguro

    Titre original : The Buried Giant

    Éditions des Deux Terres · 2015 · Trad. Anne Rabinovitch

    Dans une Angleterre d’après le roi Arthur, une brume fait tout oublier aux habitants, et un vieux couple, Axl et Béatrice, part retrouver un fils dont ils se souviennent à peine. Il y a des ogres, un chevalier âgé, un dragon. Mais la vraie question est celle d’Ishiguro : un couple, ou un peuple, peut-il survivre à ce qu’il a oublié, et veut-il vraiment se souvenir ? Lent, étrange, et bouleversant dans ses dernières pages. Par le prix Nobel 2017.

    À éviter si
    le cadre de fantasy médiévale et le rythme de conte vous déroutent.

    Vérifié sur : Critiques Libres : Deux Terres 2015, traductrice

Questions fréquentes

Ce que demandent les lecteurs

Quel roman lire sur l’amnésie ?

Pour un thriller, Avant d’aller dormir de S. J. Watson. Pour un classique français, Piège pour Cendrillon de Japrisot ou Rue des Boutiques obscures de Modiano, prix Goncourt 1978.

Quelle est la différence avec un roman sur Alzheimer ?

Les romans d’amnésie traitent la mémoire perdue comme une énigme ou une question d’identité ; les romans sur Alzheimer parlent d’une maladie qui progresse et de ceux qui accompagnent. Ils ont leur propre guide.

Existe-t-il des romans français sur la perte de mémoire ?

Beaucoup : Siegfried et le Limousin de Giraudoux (1922), Piège pour Cendrillon de Japrisot (1962), Rue des Boutiques obscures de Modiano (1978) et, plus récemment, Le Passager de Jean-Christophe Grangé (2011).