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Livres d’espaces liminaux
Les espaces liminaux (couloirs vides, parkings la nuit, piscines désertes) sont devenus une esthétique en ligne. Mais la littérature les connaît depuis longtemps : des lieux de passage où l’on reste, et dont les règles comptent plus que l’intrigue.
Sur ce site · Book One
The Train Between Worlds
Édition en anglais
Si vous lisez l’anglais, The Train Between Worlds est un roman d’espace liminal au sens propre : vous vous réveillez dans un train, sans nom ni passé, avec un billet qui indique Destination: Unknown, et chaque porte ouvre sur un autre wagon qui n’obéit plus aux règles. C’est le plus onirique des trois romans du site, plus troublant que triste. Il n’existe qu’en anglais.
En bref
Les meilleurs livres d’espaces liminaux disponibles en français : Piranèse de Susanna Clarke (une maison infinie de salles et de statues), La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski (une maison plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur), et Le Désert des Tartares de Dino Buzzati (un fort où l’on attend toute une vie). Pour une version plus quotidienne, L’Île de béton de J. G. Ballard ; pour une version française et glaçante, Un temps de saison de Marie NDiaye.
Qu’est-ce qu’un espace liminal en littérature ?
« Liminal » vient du latin limen, le seuil. Un espace liminal est fait pour être traversé : couloir, salle d’attente, gare, hall d’hôtel. Il devient inquiétant quand on y reste, quand il est vide, ou quand il se met à ne plus finir. En littérature, le roman liminal n’est pas forcément un roman d’horreur : sa marque est la suspension. Le lieu fait quelque chose que les personnages ne peuvent pas expliquer, et c’est la règle du lieu, plus que l’intrigue, qui fait avancer le livre. Kafka et Buzzati en sont les ancêtres ; Danielewski et Clarke, les héritiers.
Le lieu infini
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Piranèse
Piranèse vit dans une Maison faite de salles sans fin, peuplées de statues, dont les étages inférieurs sont baignés par une mer et les supérieurs par les nuages. Il en tient un journal minutieux et ne voit qu’un seul autre être vivant, deux fois par semaine. Le lecteur comprend, avant lui, que quelque chose cloche. C’est le livre d’espace liminal par excellence : une architecture impossible décrite avec une tendresse absolue, et un mystère qui se dévoile à la bonne vitesse.
- À éviter si
- vous voulez de l’action : le premier tiers est surtout contemplation.
Vérifié sur : Livraddict : Robert Laffont 2021, traductrice, Livres Hebdo : Women’s Prize
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La Maison des feuilles
Une famille emménage dans une maison qui, mesures à l’appui, est plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur. Puis une porte apparaît sur un couloir obscur qui ne devrait pas exister, et qui s’allonge. Le récit est enfoui sous des couches de notes, de commentaires et de mises en page qui se déforment à mesure que le couloir s’étend. Un livre-objet, culte, épuisant et unique ; la traduction de Claro est elle-même un exploit. L’horreur liminale à l’état pur.
- À éviter si
- les notes de bas de page, les pages à l’envers et les livres qui se lisent comme un puzzle vous découragent.
Vérifié sur : Critiques Libres : Denoël 2002, traducteur, Le Temps : critique
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L’Inconsolé
Ryder, pianiste célèbre, arrive dans une ville d’Europe centrale pour un concert. Tout le monde semble le connaître et attendre quelque chose de lui ; lui ne sait plus très bien pourquoi il est là. Les couloirs d’hôtel mènent à des lieux lointains, les trajets s’étirent, les inconnus se révèlent des proches. Cinq cents pages de logique de rêve, sans jamais se réveiller. Le roman le plus déroutant d’Ishiguro, et le plus liminal : un hôtel dont on ne sort pas vraiment.
- À éviter si
- la frustration d’un récit qui n’avance jamais comme prévu vous rend fou.
Vérifié sur : Fiche : Calmann-Lévy 1997, traductrice
L’attente sans fin
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Le Désert des Tartares
Le lieutenant Giovanni Drogo est affecté au fort Bastiani, à la frontière d’un désert d’où les Tartares doivent un jour surgir. Il pense n’y rester que quelques mois. Les années passent dans les mêmes corridors, les mêmes rondes, la même attente. Buzzati a écrit le roman liminal avant que le mot existe : un lieu de passage devenu une vie entière. Court, limpide, et d’une mélancolie qui ne vous lâche plus. Un classique très lu en France depuis 1949.
- À éviter si
- vous attendez que « quelque chose arrive » : c’est précisément le sujet.
Vérifié sur : Livres-Cinéma : Robert Laffont 1949, traducteur, Notice sur Dino Buzzati
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Le Château
K., arpenteur, arrive dans un village dominé par un château qui l’aurait engagé. Il n’y entrera jamais. Chaque démarche mène à un bureau, un secrétaire, une auberge, un couloir administratif de plus. Kafka a inventé l’angoisse du lieu qu’on ne peut ni atteindre ni quitter, et toute la littérature liminale lui doit quelque chose. Inachevé, long, étrangement drôle ; la traduction de Vialatte est celle par laquelle la France a découvert Kafka.
- À éviter si
- un roman inachevé, qui s’arrête au milieu d’une phrase, vous frustrera.
Vérifié sur : Sotheran’s : édition Gallimard 1938, traducteur, Universalis : Vialatte, traducteur de Kafka
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Un temps de saison
Herman, sa femme et leur enfant passent l’été dans un village de campagne et commettent une seule erreur : rester un jour de plus que la saison. Sa femme et son fils disparaissent. Herman reste, sous la pluie et le froid, face à l’hostilité feutrée des habitants, dans un village qui semble changer de nature dès que les touristes sont partis. Un roman court et glaçant de la future lauréate du Goncourt : le liminal version française, entre deux saisons.
- À éviter si
- vous voulez des explications : NDiaye n’en donne aucune.
Vérifié sur : Critiques Libres : Minuit, AFLIT : bibliographie, résumé
Coincé dans un lieu ordinaire
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L’Île de béton
Robert Maitland, architecte, sort de la route et se retrouve sur un terrain vague triangulaire enclavé entre trois voies express. Blessé, il ne parvient pas à remonter le talus, et personne ne s’arrête. Robinson Crusoé au milieu de l’échangeur : Ballard fait d’un non-lieu que nous voyons tous sans le regarder un monde entier, avec ses habitants et ses règles. Court, sec, dérangeant. L’espace liminal du quotidien, celui qu’on longe en voiture.
- À éviter si
- vous cherchez du surnaturel : tout ici est réel, et c’est pire.
Vérifié sur : Critiques Libres : Livre de Poche 1979, traducteur
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Le Mur invisible
Une femme, en séjour dans un chalet de montagne en Autriche, découvre un matin qu’un mur invisible la sépare du reste du monde, où toute vie semble s’être figée. Elle reste, avec un chien, une vache, des chats, et écrit le récit de ses années de solitude. Le lieu n’est pas un couloir mais une frontière transparente, et le livre est une méditation lente sur la survie et la nature. Culte en France, adapté au cinéma par Julian Pölsler.
- À éviter si
- un récit sans dialogue, rythmé par les travaux des champs, vous ennuiera.
Vérifié sur : ActuaLitté : fiche Actes Sud, traductrices, Livres Hebdo : édition Actes Sud
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La Femme des sables
Un homme de la ville, venu collectionner des insectes dans les dunes, rate le dernier bus. Les villageois l’hébergent chez une jeune veuve, dans une maison au fond d’un trou de sable qu’il faut déblayer chaque nuit. Le lendemain, l’échelle a disparu. Abe fait d’un lieu provisoire une prison, puis presque un foyer, et la question devient : veut-il encore partir ? Un classique japonais, étouffant et hypnotique.
- À éviter si
- les huis clos oppressants et sans issue vous angoissent plus qu’ils ne vous captivent.
Vérifié sur : Critiques Libres : édition Stock, traducteur, CiNii : notice de la traduction française
Questions fréquentes
Ce que demandent les lecteurs
Qu’est-ce qu’un espace liminal ?
Un lieu de passage (couloir, gare, salle d’attente, parking) qui devient étrange quand on y reste ou qu’il est vide. En littérature, c’est un décor dont les règles comptent plus que l’intrigue.
Quel livre lire si on aime les espaces liminaux ?
Piranèse de Susanna Clarke pour la version douce, La Maison des feuilles de Danielewski pour la version horrifique, Le Désert des Tartares de Buzzati pour le classique.
Y a-t-il des romans français sur les espaces liminaux ?
Un temps de saison de Marie NDiaye, sur un village qui change de nature après l’été. Et, pour un espace liminal qui avance, voyez nos romans dans un train.
